Écriture, Conseils

Affronter les premiers retours

Que se passe-t-il lorsque l’on finit d’écrire un livre ?

N’avoir ne serait-ce que mis un point final à une histoire qui vivait dans notre imagination et dans notre cœur est déjà une expérience galvanisante, presque inconcevable. Après avoir travaillé pendant si longtemps à transcrire sur le papier ces idées, ces bouts de dialogue, ces scènes tout à fait nettes et précises qui sont nées au hasard dans notre esprit, terminer le processus d’écriture est incroyable. Et je pense que ça l’est d’autant plus pour le premier. Quand j’ai terminé Au-delà d’une étoile, après plusieurs années à venir me réveiller au beau milieu de la nuit pour me faire remarquer que j’avais laissé tomber mes personnages qui voulaient absolument raconter leur histoire, je n’y ai pas cru tout de suite. Ce n’était presque pas un moment à célébrer, parce que je n’ai ressenti aucun soulagement, aucune fierté. J’étais sidérée, sans voix, démunie. Je ne savais plus quoi faire de moi-même et de mon roman une fois que j’avais enfin mis un mot sur toutes ces pensées. Après coup, je me suis bien évidemment sentie heureuse, voire impressionnée, d’être parvenue à aller jusqu’au bout.

Écrire ce premier livre était aussi grisant que thérapeutique tant il est personnel. Sauf qu’une fois terminé, il faut penser à l’après. Mettre le manuscrit dans son tiroir ? L’envoyer sur un coup de tête à un éditeur ? Le faire lire à ses proches ? En faire des confettis pour un prochain anniversaire ? Le corriger 300 fois et le réécrire entièrement, sans en être jamais satisfait, jusqu’à le remettre dans son tiroir ? Pour ma part, il est resté longtemps dans un dossier caché sur mon ordinateur. Et puis, j’ai décidé que 2017 serait l’année des prises de risque. Il faut dire que ma mère me tannait depuis des mois pour le lire et, comme je n’avais pas eu le temps de retravailler mon premier jet, je ne voulais pas le partager. Le problème, c’est que je n’avais pas le recul suffisant et que je n’arrivais pas à relire mon roman sans le dénigrer constamment. Alors j’ai pris une décision : l’envoyer à mon entourage.

Et croyez-moi, c’est l’une des choses les plus angoissantes que j’ai jamais faites. J’étais prête à entendre les avis constructifs — et je le suis toujours — mais, pour moi, c’était plus une question de vulnérabilité. Il y a beaucoup de moi dans ce livre et, me mettre ainsi à nue et le faire lire à des gens, c’était peut-être en révéler trop et la possibilité de me sentir jugée. Je l’ai exprès envoyé à des gens qui ne sont pas tous des proches, qui n’ont rien à gagner à me dire « j’ai adoré », point. Je l’ai envoyé à des gens qui n’apprécient pas particulièrement la littérature contemporaine, ou les drames ou les histoires qui s’apparentent à la romance. Je l’ai envoyé à d’autres qui, au contraire, ne lisent presque que cela et qui ont ainsi de nombreux points de comparaison, ce qui n’est pas toujours un avantage. À cette date du 28 février 2017, sur les 20 personnes que j’ai contactées, j’ai reçu 6 avis. Deux avis très positifs, deux avis positifs et deux avis semi-positifs.

Il est évident que recevoir des commentaires touchants et encourageants est une expérience indéfinissable. Mais ce qui est intéressant dans cette démarche, c’est aussi de recueillir des avis mitigés — voire négatifs —, presque pointus ou, en tout cas, ciblant des détails précis. Il est essentiel de prendre en compte le retour du lecteur et de ne pas prendre les critiques comme une attaque personnelle, mais plutôt d’essayer d’en faire une force et un point de référence pour ensuite s’améliorer. Et je suis aussi reconnaissante pour les retours semi-positifs, voire davantage, parce qu’ils me permettent d’avoir enfin ce recul que je n’ai pas eu au cours de l’écriture, voyez ? J’ai reçu 3 fiches très détaillées qui ont abordé les aspects favorables à la lecture mais aussi ceux qui freinaient le bon déroulement de l’histoire. Des formulations en trop, des explications tardives, des personnages qui demandent qu’on les rende plus attachants. Toutes ces choses, je les prends avec grande considération et, à peine ont-ils été assimilés que je cogite déjà pour la suite. Je cherche déjà à savoir comment je peux contourner les protagonistes et leur libre arbitre ainsi que des partis pris pour que l’histoire gagne en qualité.

C’est le dernier point que je souhaite évoquer dans cette démarche de lecture, ce processus du retour. Il faut bien sûr tenir compte des avis, surtout si une tendance se démarque comme c’est le cas pour moi avec un élément en particulier. Néanmoins, pour ma part en tout cas, la majorité de mon histoire m’a été dictée par mes personnages et non le contraire. Je sais que cela peut sembler complètement aberrant pour certains, mais d’autres auteurs vous le diront peut-être, la plupart du temps, c’est l’écrivain qui est pantin. De plus, c’est aussi l’expérience qui parle. Il est vrai qu’en tant que lecteur, on ne comprend pas toujours certains choix. Moi-même je suis parfois déconcertée par certains livres que je lis, je me demande si l’auteur n’en rajoute pas, s’il n’est pas resté trop à la surface, s’il n’a pas privilégié un aspect au détriment d’un autre, etc. S’il y a bien quelque chose que j’ai appris en écrivant, c’est que certaines choses sont tellement vraies, qu’elles en deviennent difficiles à croire ou à exprimer. Pourtant, même si certaines remarques négatives sont à la base un parti pris parce que c’est du vécu ou parce que l’on pensait que c’était mieux ainsi, il y a toujours un moyen de trouver un compromis pour ne pas abîmer l’essence de l’histoire et prendre en considération les ressentis du lecteur. À partir du moment où elle est partagée, cette histoire n’appartient plus qu’à l’auteur. Et ainsi, faire se rencontrer les deux points de vue à mi-chemin me paraît essentiel.

Quoi qu’il en soit, je redoutais bien plus que de raison cette étape et je suis on ne peut plus heureuse d’avoir sauté le pas. Je suis honorée que mon entourage ait assisté, d’une certaine façon, à mon premier plongeon dans le monde de l’écriture. Et je lui suis reconnaissante d’avoir pris le temps de lire cette histoire et d’avoir joué la carte de l’honnêteté. J’ai aussi la chance d’être soutenue par des personnes extrêmement bienveillantes et certains croient en moi plus que je ne crois en moi-même. Et ça, c’est une sensation aussi réconfortante que stimulante.

J’ai conscience que cet article est un conseil sous couvert d’expérience mais si vous écrivez et que vous êtes paralysés par la peur du jugement, que vous craigniez les retours négatifs, que vous doutez de vous, sachez que toute critique constructive est une mine d’or pour retravailler son œuvre avec un regard frais et nouveau. Évidemment, choisissez des personnes de confiance (ou des inconnus, selon vos préférences), mais quels que soient les avis, ne faites pas l’erreur de confondre négatif avec échec. C’est pour moi le plus grand défi au quotidien, pas forcément avec l’écriture, mais ici, toute remarque justifiée et approfondie est une richesse que je n’imaginais pas aussi facile à encaisser (sans mauvais jeu de mot). Que vous en soyez au premier jet, à la deuxième version, à la cinquième réécriture, si vous ne parvenez pas à faire cette manœuvre de recul, je crois sincèrement qu’il est primordial de surmonter ses peurs, ses doutes ou je-ne-sais-quoi. Il me semble d’ailleurs qu’on ne peut pas réellement y couper si l’on souhaite passer à un niveau professionnel où des centaines de lecteurs potentiels auront toutes les libertés du monde pour critiquer votre travail. Si, par la suite, l’éditeur est là pour aiguiller l’auteur, il faut pouvoir accepter un œil extérieur. C’est délicat mais instructif.

N’hésitez pas à partager en commentaire vos expériences à ce sujet, afin que nous puissions échanger sur les différentes anecdotes, catastrophes ou belles surprises qui nous sont arrivées en matière de premiers retours !

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5 thoughts on “Affronter les premiers retours”

  1. Je trouve ton article très intéressant, dans la mesure où j’ai déjà écrit (toujours des nouvelles de deux-trois pages, au-delà je n’y arrive jamais).
    (j’avais d’ailleurs remporté le concours de nouvelles de Clélia/BrodyBooks/CherLecteur en collaboration avec Samantha Bailly, donc je ne te dis pas la joie !)
    Ceci dit ce qui me marque aussi de quand j’ai donné mes textes à lire pour la première fois à plusieurs personnes, c’est finalement le manque de recul. J’avais toujours droit à « c’est bien ! » « c’est bien écrit, vraiment c’est pas mal ». Point. Et même si ça fait plaisir, au fond je me disais que ça ne me suffisait pas. Je voulais du constructif, des avis plus mitigés aussi, aussi bizarre que cela puisse être ! Et je crois que c’est vraiment ce genre d’avis qui finalement m’a le plus aidé…

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire et ton expérience !
      J’aime comment tu as précisé chacun des pseudos de Clélia, haha 🙂
      Félicitations pour ce concours de nouvelles, c’est génial !
      Oui, moi aussi j’ai apprécié la bienveillance des gens qui m’ont dit « j’ai aimé » et c’est toujours fort de se dire qu’on a touché quelqu’un, c’est évident. Mais il est clair que, jusqu’ici, les remarques qui m’auront été les plus judicieuses proviennent des les retours mitigés et oui, tu as raison, c’est finalement ce qui aide davantage 🙂

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  2. j’ai adoré lire cet article qui moi-même est entrain d’écrire sois un roman ou une nouvelle .Je ne sais pas trop cela dépendra de mon inspiration d’écrivain et de mon imagination débordante.J’ai commencé à écrire y a un an .Un an que j avais cette idée qui me trottait dans ma tête et je l’ai fais germée. j’en ai mis du temps à les faire pousser , les écrites au brouillon sur ordinateur sur iphone n’importe où du moment que mes mots que mon histoire sorte de mon esprit …Et voilà l’écriture s’enchaîne et je ne m’en lasse pas .merci de nous faire partager cette expérience

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  3. coucou j’ai adore lire cet article .Moi même en écrivant en ce moment une nouvelle ou un roman je ne sais pas trop encore .Cela dépendra de mon inspiration et de mon imagination.Parfois elle me joue des tours et me laisse tombee et la je suis perdue .Sans refuge …L’idée d’écrire est venue il y a un an suite à un rêve si bouleversant que j’en ai décide d’en faire quelque chose.Pas le rêve mais l’expérience du rêve que j’ai vécu etait si traumatisante que je l’ai murit en écrivant ma propre histoire .Ton conseil m’est précieux . J ai peur de finir mon histoire je m’y attache aux personnes fin y en a qui me donnent du fil à retordre par moment comment faire dans ces moments là ? gros bisous 😘

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